1912

la France n’est pas le pays des droits de l’Homme !!!

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Armée Française et agouraï en 1912

agouraï_1912

.Décapitations, cartes postales, souvenirs d »Agouraï

.L’Histoire de la « pacification » du Maroc

Augustin Bernard – Annales de Géographie – 1917 – vol26 – n°139 – (PDF p42 a 58) – LA FRANCE AU MAROC –

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p42 – LE 30 MARS 1912, la convention de Fes plaçait le Maroc sous le protectorat de la France. Mais cette convention ne nous donnait pas plus le Maroc que la convention d’Alger, en 1830, nous rendait maîtres de l’Algérie. Aussi la première tache qui s’imposait à nous était de pacifier l’Empire Chérifien. La colonisation ne pouvant s’implanter que dans un Pays sûr et paisible. (c’est ce que l’on appelle la « pacification » à la Française : ndlr)

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Algérie : en 1839 la Mitidja se couvrait d’établissements prospères mais furent ruinés par Abd-El-Kader et il fallut tout recommencer, dans des conditions beaucoup moins favorables.

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C’est au général Lyautey, nommé résident général de France par un décret du 28 avril 1912 qu’échut la lourde tâche de « pacifier le Maroc « … son nom équivaut à tout un programme de politique coloniale.
Au Tonkin, à Madagascar, dans les conflits Algéro-Marocains, il avait déjà appliqué la méthode dont il est le maître incontesté. ….

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p43 – … Le Makhzen s’était contenté de soumettre les tribus des plaines, les régions de Fes et de Marrrakech. Les Tribus montagnardes étaient demeurées indépendantes. Entre les deux, certains groupements passaient, suivant les variations de la puissance chérifienne, de l’état de soumission à l’état de rebellion ,et réciproquement. En 1912 au moment ou nous lui offrions notre concours et notre collaboration, le Makhzen était particulièrement impuissant, et l’on pouvait douter que cette association avec des chrétiens fût de nature à rehausser beaucoup son prestige aux yeux des musulmans.
Enfin d’autres difficultés provenaient de ce que les massifs montagneux du Nord, constituant la zone Espagnole, échappaient à notre action ; même dans la zone française, notre protectorat n’avait été reconnu par les puissances européennes qu’avec beaucoup de restrictions et de réserves. L’Allemagne ne perdait pas une occasion de nous y témoigner son mauvais vouloir et de nous y susciter des ennemis.

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L’Histoire de la « pacification » du Maroc peut se diviser en trois périodes :
1/ 1907 -1912 …………..2/ 1912 -1914……………. 3/ 1914 -1916

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1°/ Période 1907 – 1912 — Avant l’établissement du protectorat, nous avions préludé à notre tâche en « pacifiant » et organisant quelques parties de l’Empire Chérifien. Pour assurer la sécurité de notre grande colonie algérienne et la préserver des troubles incessants qui se produisaient à sa lisière occidentale, nous avions affermi notre domination dans le sud Oranais et constitué une sorte de Marche-Frontière dans les régions comprises entre l’Algérie et la Moulouya, qui sont, au point de vue géographique comme au point de vue politique, la continuation de la province d’Oran.
C’est le général Lyautey (1903-1910) qui avait effectué cette opération marquée par l’occupation des régions de Colomb-Béchar 1903, de Berguent 1904, d’Oudja et du massif des Beni-Snassen 1907, de Bou-Denib et du haut Guir 1908 , d’Aïn-Chaïr 1909, et de Taourirt 1910. Nous atteignions donc dans le Sud le haut Guir, dans le Nord la moyenne et basse Moulouya. L’Algérie se trouvait couverte par une zone acquise à la sécurité, grâce à l’action combinée de notre politique et de nos armes.

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A l’autre extrémité du Maroc, sur les bords de l’Atlantique, des opérations militaires avaient été également jugées nécessaires. Effectuées par le général Drude et le général d’Amade, elles avaien consisté dans l’occupation de Casablanca 1907 et du pays des Chaouïa 1908. Nous avions ainsi transformé deux provinces marocaines : la région des Confins, qui s’étend entre l’Algérie et la Moulouya, et le Pays des Chaouïa.
En 1911, une étape décisive fut franchie. La situation du Makhzen et de Fes étant des plus critiques, le Sultan fit appel au gouvernement français. On eût pu utiliser à la fois la voie de Taza et la voie de l’Atlantique, mais on résolut de n’employer que cette dernière. Le général Moinier, chargé des opérations, entre à Fes le 2 Mars 1911 et à Meknès, il ouvre deux routes entre la côte et l’intérieur, l’une par Lalla-Ito et la vallée du Sebou, l’autre par Tiflet, parcourt la région insoumise des Zemmour ainsi que celle des Zaër, qui s’étend jusqu’aux portes de Rabat.

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En 1912, quelques jours après l’établissement du protectorat, des évènements graves se produisaient : l‘armée Chérifienne massacrait ses officiers français. Bientôt le Maroc entier, en proie à un accès de fanatisme religieux et xénophobe, se soulevait contre nous. (ils sont chez eux, mais xénophobes ?? : ndlr) La Capitale était investie de tous côtés, attaquée avec une violence inouïe par des hordes que fanatisaient des appels à la guerre sainte et par des Berbères avides de pillage ; le Makhzen était complètement désorganisé et impuissant, le Sultan secrètement d’accord avec nos ennemis. Dans le sud, Ahmed-el-Hiba, fils du marabout saharien Ma-el-Aïnin, notre vieil adversaire de Mauritanie, dirigeait un mouvement nettement Mahdiste et se faisait proclamer Sultan à Marrakech. Telle était la situation lorsque le général Lyautey fut appelé, selon sa propre expression, au commandement d’un navire en perdition.

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2° Période 1912 – 1914 — il s’agissait tout d’abord de dégager Fes et ses abords. Cette tâche fit confiée au général Gouraud, qui rejeta les envahisseurs hors des murailles le 28 mai, puis par de brillantes opérations au nord et à l’est de Fes, assura la sécurité de la région en juin-juillet 1912. Dans le sud, le colonel Mangin, après avoir écrasé à Sidi-bou-Othman les bandes d’El-Hiba, entrait à Marrakech le 7 septembre et obtenait la « pacification » du pays compris entre l’Oum-erRebia, Marrakech et Safi.

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La crise initiale étant ainsi conjurée, l’insurrection domptée et l’horizon éclairci, il restai à confirmer les résultat obtenus, à raffermir une situation que la Révolution de Fes et les événements de Marrakech avaient si gravement compromise. Dans la région de Fes, le général Gouraud constitue une zone de couverture du côté de l’Est par la création du poste d’El-Arba-de-Tissa chez les Hayaïna. Au sud de Fes et de Meknès, nous nous appuyions à la ligne Sefrou-El-Hajeb-Agouraï. Au delà de Sefrou, le poste d’Anoceur est fondé pour assurer la « pacification » des Aït-Tserrouchen du nord et des Aït-Youssi. D’El-Hajeb, le colonel Henrys, s’avançant également vers le sud, dissous la coalition Berbère qui s’était formée contre nous (15 mars au 15 juin 1913) et , par la création des postes d’Ito, Ifrane et Azrou, amène la réduction des Guerouan, des Beni-Mtir et d’une partie des Beni-Mguild, couvrant de ce côté notre ligne d’étapes.

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Une des régions les plus difficiles à « pacifier », mais aussi une des plus importantes, est celle qu’occupent, à la lisière des plaines du Maroc occidental, les grandes tribus Berbères des Zaër, des Zemmour, des Zaïan, du Tadla, qui s’enfoncent comme un coin entre la région de Fes et celle de marrakech. En 1912 et 1913, le colonel Blondlat occupe les marches fontières du pays Zaër. Chez les Zemmour, des postes installés à Camp-Bataille, Tedders et Camp-Christian tiennent la limite de la région soumise ; puis le plateau d’Ouimés est occupé. Au Tadla, des postes sont créés à El-Boroudj, à Oued-Zem et à Kasba-Talda. Mais les Zaïan demeurent irréductibles et nous livrent de très rudes combats, notamment celui de Ksiba en juin 1913. Une action contre le Pays Zaïan est confièe au général Henrys, et trois colonnes convergentes occupent Khenifra en juin 1914. Cette opération avait pour but de supprimer un élément permanent de trouble et de désordre au milieu des Pays soumis, d’assurer la liaison directe des Capitales du nord et du sud, et de nous permettre d’exercer notre action politique sur les confédérations indépendantes de la montagne…. (suite p45 )

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.Rappel : Jules Ferry 1885 –  : « …« Nous avons été conduits par la nécessité, par le droit : nous avons été conduits par cette obligation et ce devoir qui s’impose à tous les peuples civilisés de faire respecter par les nations barbares la signature de leurs représentants mise au bas des traités. Voilà l’histoire de notre politique coloniale….Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai! il faut dire ouvertement qu’en effet, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… . Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ! …. » – discours (à propos de madagascar, mais c’est la politique coloniale de la France)

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